La scène est familière. Un collaborateur passe la tête dans le bureau, ou ouvre une visio : « J'ai un souci avec ce client. » Trente secondes plus tard, le manager a déjà proposé trois pistes. Le collaborateur repart avec une solution, le manager a le sentiment d'avoir aidé. Et pourtant, quelques semaines plus tard, le même type de problème revient.
Le réflexe-solution : une qualité qui devient un piège
Beaucoup de managers ont été promus pour leur capacité à résoudre des problèmes. C'est une compétence précieuse, mais elle a un coût quand elle devient automatique. Le manager répond à la question telle qu'elle est posée, pas forcément au vrai problème. Le collaborateur n'apprend pas à analyser sa situation par lui-même. Et la charge revient toujours vers le manager, qui devient le point de passage obligé de son équipe.
C'est pourquoi la première des 8 techniques de nos parcours consiste à résister au réflexe-solution. Il ne s'agit pas de renoncer à aider, mais de différer la réponse pour laisser émerger la compréhension.
Savoir que l'accélérateur est à droite est simple ; en faire un automatisme demande du temps. Il en va de même du questionnement : le comprendre prend quelques minutes, en faire un réflexe prend plusieurs mois.
Ce qu'est une question qui éclaire
Le questionnement exploratoire a un objectif précis : aider la personne à élargir sa représentation de la situation. Les questions sont posées pour elle, pas pour satisfaire la curiosité de celui qui les pose.
Ouvrir plutôt que fermer
Une question fermée appelle un oui ou un non : « Est-ce que tu as relancé le client ? » Une question ouverte invite à explorer : « Comment s'est passé ton dernier échange avec lui ? » Une astuce simple consiste à transformer « Est-ce que… » en « Qu'est-ce que… ».
Éviter les questions qui jugent
Certaines questions ont l'apparence d'une question mais contiennent un jugement ou une solution déguisée. « Tu ne penses pas qu'il faudrait… ? » induit la réponse. « Pourquoi as-tu fait ça ? » pousse à se justifier. Elles referment la réflexion au lieu de l'ouvrir.
Explorer plusieurs angles
Une situation professionnelle se comprend mieux quand on l'explore sous plusieurs angles : le sens (« Qu'est-ce qui te dérange vraiment dans cette situation ? »), les émotions (« Qu'est-ce que ça te fait ? »), les ressources (« Qui pourrait t'aider ? »), les interactions (« Qu'est-ce que tu lui dis, et qu'est-ce qu'il te répond ? ») ou les expériences passées (« Dans quelle situation comparable t'es-tu déjà trouvé ? »).
Du problème à l'action
Questionner ne veut pas dire laisser le collaborateur seul avec son problème. Une fois la situation éclairée, le questionnement change de nature : il s'oriente vers l'objectif, puis vers l'action. « Qu'est-ce qui serait un objectif raisonnable ? », « Quelle première action pourrais-tu tester cette semaine ? » La solution existe toujours, mais c'est le collaborateur qui la construit, et il la porte d'autant mieux.
Distinguer le problème de l'objectif est souvent l'étape décisive. Un collaborateur qui dit « mon équipe ne communique pas » décrit un ressenti. En questionnant, on arrive à des comportements observables, et à un objectif sur lequel il a réellement prise.
Pourquoi cela s'apprend en groupe et dans la durée
Lire une liste de questions ouvertes ne suffit pas : dans le feu de l'action, le réflexe-solution revient en quelques secondes. C'est pourquoi nos parcours font pratiquer le questionnement de façon répétée, en groupes de 6 à 10 participants, sur des situations réelles qu'ils apportent eux-mêmes. À chaque atelier, chacun est tour à tour la personne qui expose sa situation et l'une de celles qui l'accompagnent par leurs questions.
Le groupe joue un rôle de miroir : on entend des questions qu'on n'aurait pas pensé à poser, on mesure l'effet d'une question ouverte sur la personne qui la reçoit. Et d'un atelier à l'autre, on revient sur ce qu'on a testé dans son quotidien. C'est ce qui distingue le coaching collaboratif d'une simple formation au questionnement.
Ce que les managers y gagnent
Moins de sollicitations répétitives, des collaborateurs plus autonomes, des décisions mieux comprises parce qu'elles ont été construites ensemble. Mais le changement le plus visible est souvent ailleurs, dans la qualité de la relation : un collaborateur que l'on questionne avec sincérité se sent pris au sérieux. C'est là que commence une posture de manager coach.